DÉJÀ DEUX MOIS AU NUNAVIK

Puvirnituq,
7 octobre 2017

Il a neigé pour la première fois le 4 octobre et le sol est blanc depuis 2 jours.

Quand le vent souffle, il souffle! La semaine dernière, plusieurs jours de vent. Surtout samedi où on a connu des vents de plus de 80km/h. La température se maintient entre -1 et +5°C, ce qui est encore relativement confortable, surtout pour marcher dans la toundra. La saison de la cueillette des canneberges est finie. On a notre provision de compote pour un bon moment.

Pour accéder à notre maison, il faut passer par le porche (tambour) qui est fermé par une porte en acier avec un loquet de 3/4 de po. On franchit le porche de 6' par 8' et on arrive à la porte d'entrée qui est aussi en acier avec une serrure de bonne qualité. Le soir, on verrouille le tout... Il y a une autre issue à l'arrière de la maison. C'est par la chambre mécanique qui comprend une porte avec verrouillage automatique qui donne sur l'intérieur et une porte en acier avec une serrure de bonne qualité qui donne sur l'extérieur. Vous me suivez...

On a la garde d'un chien pour les deux prochaines semaines. Un service. C'est un bouvier d'une bonne centaine de livres avec au moins un quart d'once de cervelle! Il pue! On pensait le garder dans le porche mais Monsieur Gleb a l'habitude de dormir au chaud... On a donc décidé de l'amener dans la salle mécanique en passant par l'intérieur. C'est le soir, le verrou est tiré et Chantal barre la porte en entrant dans la maison. Comme d'habitude, j'enlève mes souliers et Chantal enfile ses sandales et nous allons conduire Gleb dans la salle des machines en famille... On entre dans ladite salle et, sans réfléchir, on ferme la porte... vous vous souvenez, celle qui est munie d'un verrouillage automatique!

Nous voilà donc nu-bas et en sandales, obligés de sortir dehors pour aller voir si, par hasard, la porte était mal barrée... peine perdue, c'est verrouillé parfaitement. Toujours nu-bas dans la neige, comme dans Pieds nus dans l'aube de Félix mais version révisée, je tente de forcer la porte du porche à coups d'épaule. C'est moi qui ai changé le verrou! Peine perdue! Y lâchera pas! Heureusement qu'il y a des voisins. On se rend chez Cynthia et François pour appeler un collègue de travail dont je me rappelais du numéro de téléphone. François chausse des 13... j'avais de la place. On est venus à bout de mon verrou avec un croc-barre de 4 pi.

Le lendemain, je sors le chien et l'attache à sa laisse de 40 pi. Le cabochon a trouvé le moyen de s'emmêler sous la maison! J'ai dû ramper pour l'extirper de sa fâcheuse position... Tout un service. Il reste deux semaines de gardiennage...
On vous présente Gleb, le cabochon!

La saison de chasse bat son train. On ne mange pas encore de caribou mais on ne manque pas de poisson et d'oies. On a bien vu 2 caribous lors de notre voyage en bateau sur le grand lac Puvirnituq mais ils étaient trop loin et sont rapidement disparus derrière une colline. On se reprendra. Lors de notre randonnée de dimanche dernier, on est arrivés face à face avec un caribou. J'ai eu l'occasion de prendre plusieurs photos jusqu'à ce que je constate qu'il saignait à la hauteur du cou. Un chasseur l'avait atteint. Nous l'avons dérangé et il est retourné en direction du chasseur en question qui l'a achevé. Chantal a trouvé ça triste. Moi j'ai été soulagé que le chasseur puisse le retrouver. Moins de souffrance et plus de bouffe! Tout le monde est content.

Il y a pas mal de renards arctiques. On en voit pratiquement à chacune de nos sorties depuis 2 semaines. Il y a aussi du renard roux mais en moindre quantité. Moustaffa en a tiré un cette semaine.
Renard arctique juvénile. Il est curieux et peureux...

Un beau mâle en fin de vie...
En fin de mue. Il sera tout blanc d'ici quelques jours.
La warehouse par un matin de pleine lune. C'est là que je travaille

Le travail se déroule bien de mon côté et aussi pour Chantal même si, pour elle, les surprises ne manquent pas. Chose impressionnante, le taux de présence des enfants frôle les 100% ; ce qui n'est absolument pas le cas pour les enseignants de culture Inouit... Maladie, lendemain de veille, autres occupations, pas de gardienne... tout est bon pour expliquer les absences. Si le retard dû à l'apprentissage d'une troisième langue est évident, les enfants ne manquent surtout pas de génie et font des progrès constants. La gestion des émotions est parfois difficile et ils ont la fâcheuse habitude de régler leurs différents physiquement... parfois c'est la bataille qui éclate ou le mobilier qui en prend pour son rhume. Mais ça passe vite et ça revient rapidement à la normale. Le prochain défi consiste à tenter de prédire les irruptions!

L'école de Chantal, Iguarcivik, avec ses lunettes Inouit
Quant à moi, je suis sur les projets spéciaux. Une façon élégante de dire que je ne suis pas sur les urgences et que je m'occupe principalement à organiser le classement des montagnes de matériel neuf en péril. Boulons, meubles, accessoires électriques, plomberie, chauffage, éclairage, sécurité, mobilier de classes, équipements de gymnase, etc, etc. Je commence à prendre le dessus.



On a reçu notre troisième commande d'épicerie venant de Valleyfield. Pour bien comprendre le contexte, il est utile de savoir que les denrées n'arrivent pas ici par magie. Une commande de 221$ de denrées, incluant 40$ de frais d'emballage et de transport vers l'aérogare, a coûté 489$ de frais d'avion cargo! En tout, près de 10$ par kilo! Les coûts de transport sont payés par la commission scolaire mais le montant s'additionne au revenu de Chantal et est imposable... C'est tout de même mieux que rien et on ne manque de rien.

On ne sait pas si c'est l'effet de la pleine lune mais il y a eu un suicide hier matin. Un jeune homme, père d'un enfant de 7 ans, s'est pendu. Il y a une couple de semaines, c'était une jeune femme de 20 ans qui vivait à Montréal. Les funérailles ont eu lieu ici. Triste fin, surtout pour ceux qui restent.

Un petit retour sur les traditions. Un collègue de travail m'a confié que les jeunes ont souvent tendance à abandonner la chasse et la pêche au profit d'habitudes de vie qui s'apparentent à celles des sudistes... jeux électroniques, parties avec les amis... Pour lui, c'est très mauvais! Je comprends maintenant sa fierté quand il me parle de son fils de 15 ans qui est guide de chasse... pour lui, c'est plus important que l'école et ça se comprend. Son fils fait ce qu'il aime. C'est aussi ce qu'une bonne partie de la communauté attend de lui.


À bientôt



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